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LE SUICIDE COLLECTIF DES BOBACS Jean Giono

Il s'agit d'un petit rongeur de la famille des Marmottes, tout comme le Lemming.

L'histoire de leur suicide collectif annuel est racontée par Jean Giono dans le Nice-Matin du 12 septembre 1964 et repris par René Barjavel dans son livre intitulé "La Faim du Tigre",

"...au mois de mai, les bobacs sortent de leur galerie souterraine, ils se réunissent par centaines de mille, voire par millions, et se mettent en marche. Le chemin dans lequel ils s'engagent a trois mille kilomètres de long.
Le premier jour du voyage, une sorte de clivage se fait entre les bobacs destinés au suicide et ceux qui doivent assurer la continuité de l'espèce. Tout le monde part, mais au crépuscule quelques millions de bobacs retournent aux labyrinthes souterrains. Comment se fait le clivage? Personne ne le sait.
On a remarqué que la troupe destinée à se suicider est fort joyeuse. Les animaux jouent entre eux, lutinent les femelles... Les bobacs marchent nuit et jour sans arrêt. Ils se nourrissent en marche, ils ne maigrissent pas , ne manifestent jamais de fatigue. Aux environs de juillet, ils sont à la hauteur de Touroukhansk. Dès qu'ils ont dépassé le confluent de la Toungouska inférieure, ils traversent l'Iénisséi pour passer sur la rive droite. A travers la toundra, ils se dirigent vers le bord occidental de la prequ'île de Taïmyr. Arrivés là, ils se jettent dans l'océan Glacial Arctique et se noient tous.

A l'endroit où les bobacs traversent l'Iénisséi, le fleuve a plus de deux kilomètres de large. Ils déploient à cette occasion, dit Albin Kohn, une science de la nage aussi subtile que celle de la loutre, ils sont aussi à leur aise dans l'eau que des poissons, il ne se perd pas un seul animal pendant la traversée.

Ils arrivent à petit pas au bord de la mer, entrent dans l'eau et se noient instantanément, sans esquisser le moindre mouvement. Bientôt la  petite baie est remplie de cadavres, peu à peu emportés vers le large, pendant que toute la troupe se noie, délibérément, sans hâte et sans une seule exception
Ce suicide collectif dure chaque fois deux à trois jours ou, plus exactement, de quarante-huit à soixante douze heures, car il n'y a pas d'arrêt, et la nuit la cérémonie continue.

Autolyse,  2018.

135 cm x 70 cm.

Encre sur papier.